A 32 ans, la Zimbabwéenne Chiwoniso signe dans son troisième album Rebel Woman une chronique douce-amère du quotidien au Zimbabwe et prend la parole pour toute une génération : le pays doit changer. Portrait d’une résistante.
Chiwoniso a pris sa décision, elle va quitter Harare d’ici peu. Parce qu’elle « adore voyager », mais aussi parce qu’elle est « fatiguée ». Traduction : usée par un climat zimbabwéen délétère, assombri depuis plusieurs années par des troubles politiques et une économie en chute libre. Pourtant, comme un pied de nez au climat ambiant, Chiwoniso célèbre la richesse musicale de ce pays niché au cœur de l’Afrique Australe dans un troisième album solo, Rebel Woman, connecté aux réalités d’un Zimbabwe toujours en lutte (quotidienne), et renforcé par la force mystique de la mbira.
Apprentissage Pour ceux qui ne la connaissent pas encore, Chiwoniso Maraire naît dans l’Etat de Washington aux Etats-Unis en 1976, d’un père ethnomusicologue et d’une mère musicienne et puéricultrice. « J’ai grandi dans une famille artistique, il y avait des instruments à la maison, beaucoup de disques, on était très libres. Une seule chose primait : s’impliquer dans chaque moment… J’ai appris la musique en l’écoutant », se rappelle-t-elle. Forte de cet enseignement et d’une voix exceptionnelle, elle affiche à 32 ans un parcours étonnant : premier passage en studio à neuf ans, pour un album en hommage posthume à son oncle. Papa compose, joue de la mbira –le piano à pouces qui ouvre au Zimbabwe la porte de l’au-delà–, et maman du marimba. En 1990, elle rentre au Zimbabwe avec ses parents et s’implique, justement, dans plusieurs formations musicales. Elle fait partie du premier groupe de rap zimbabwéen, A Peace of Ebony. Puis, en 1996, Chiwoniso sort son premier album écrit en shona, français et anglais, Ancient Voices, littéralement acclamé par la critique internationale. A 22 ans, elle remporte le Prix Découverte RFI Afrique. L’année suivante, Chiwoniso and The Storm jouent au festival du MASA (Marché des Arts du Spectacle Africain) à Abidjan : ils séduisent l’assistance. Suite à cette performance, elle remporte le prix pour la promotion des Arts de l’Unesco. En près de dix années, des centaines de scènes et d’ateliers un peu partout dans le monde lui valent une sacrée popularité en Afrique Centrale et Australe. Femme joueuse de mbira, cet instrument jadis réservé aux hommes, Chiwoniso s’inscrit dans le sillage de Stella Chiweshe, grande prêtresse du piano à pouce au Zimbabwe, tout en traçant le sien. Elle s’inspire de diverses influences : Rebel Woman a d’ailleurs été enregistré en différentes prises en Afrique du Sud, en Europe et aux Etats-Unis.
Exil Aujourd’hui, malgré sa renommée, il devient de plus en plus difficile d’être artiste au Zimbabwe. Elle prend la décision de s’exiler à contrecœur, mais après avoir été intimidée par la police, Chiwoniso considère que la liberté d’expression vaut toutes les patries du monde. « Beaucoup de musiciens se sont fait frapper, moi j’ai plutôt eu de la chance, raconte-t-elle. Chaque chanson est née d’une expérience, je chante la société dans laquelle je vis.» La chanson Rebel Woman célèbre par exemple toutes les soldates d’Afrique et du Zimbabwe, qui font tenir le pays au quotidien, tandis que le morceau Kurima aborde la très épineuse question de la réforme agraire au Zimbabwe. « Chaque jour, il y a le risque de se faire arrêter, car si tu chantes ce que tu penses, on risque de t’accuser de faire partie de l’opposition ou du parti au pouvoir. Ils ont oublié qu’il existe un moyen terme, où on ne roule pour personne mais on attend juste de vivre mieux. Actuellement, on doit vraiment choisir nos mots si on ne veut pas se mettre en difficulté. Il faudrait arrêter de penser, arrêter de chanter mais bien sûr, on ne peut pas… ». Alors, de Paris ou de Londres sur ses mélodies mbira-pop, Chiwoniso continuera à célébrer la grandeur de son pays et à dénoncer la violence, devenue trop ordinaire au Zimbabwe.
J'adore, découvert par hasard, le dernier album est véritablement un must. Dés la première écoute on se sent accroché par cette musique chaude et cette voix sensuelle, toute l'Afrique est là dans ces rythmes et ces sonorités. Je confondais balafon et mbira mais l'essentiel est ailleurs. Bravo et courage pour ces artistes qui ne peuvent s'exprimer dans leur pays, souhaitons une solution en 2009.
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